Le blog coruscant et capricant d'un couple de garçons en retour d'exil

samedi 23 février 2013

Ô Footix, ô roi du X

Quoique fort modeste, ma résolution visant à publier plus de messages dans les deux premiers mois de l'année qu'en 2012 est en passe d'être ratée. Et puis franchement, ce mois de 28 jours, ça n'aide pas beaucoup! Même en comptant sur les vacances (youpi!), à moins de publier plusieurs fois par jour, il sera impossible de tenir le pari. Qu'importe : ça ne m'empêchera pas de profiter de cette quinzaine pour écrire à un rythme plus soutenu.

Le maudit
Je ne suis pas mécontent de souffler après une période assez agitée. Je me remets tout juste de la visite d'un inspecteur, il y a quinze jours, et du projet farfelu que je me suis collé sur le dos à cette occasion. Vous penserez bien, surtout, à écouter France Culture à l'occasion du prochain Printemps des Poètes : il y a à peu près une chance sur quatre cent soixante quinze millions que l'un des enregistrements de mes gnomes soit diffusé. "Ben ça sert à quoi de faire un concours pour passer sur une radio que personne n'écoute? Ils passent le poussin Piou, au moins?" Printemps des poètes, donc... Ne leur jetons pas la pierre, ils ont été mignons tout plein le jour de l'inspection (même si je subodore que l'autorité calme et naturelle qui m'a été créditée tenait beaucoup à la présence au fond de la classe du chef et de notre hôte du jour). Et puis c'est vrai qu'ils pourraient diffuser le poussin qui fait piou sur France aviCulture, de temps en temps! J'entends déjà la voix feutrée de Raphaël Enthoven annoncer : "Après ce passionnant entretien sur la métaphysique du multiple, retrouvons le poussin Piou". Remarquez, pour que cela arrive, il faudrait que Raphaël Enthoven soit encore à l'antenne.

Le regretté Footix
Mais laissons de côté l'actualité des médias : le scoop du moment au collège Haquenée, c'est une torride copie d'élève. La semaine dernière, Footix est entré en cours de latin et m'a annoncé en hochant sa tête de toon : "J'ai ajouté un nouveau personnage à ma rédaction : maintenant, vous êtes dedans!", alors que ses petits camarades le suivaient dans un bourdonnement inaccoutumé (si j'osais, j'écrirais : plus inaccoutumé que d'habitude, mais la langue française ne peut quand même pas tout endurer, surtout depuis le coup du poussin qui l'a laissée à genoux). Bref, l'excitation était telle que je voyais des étincelles voleter autour de leur tête. Le lundi suivant, je demande à Footix s'il a récupéré sa copie. Cet idiot ne songe même pas à me mentir... À force de pressions savantes et de menaces ("autorité calme et naturelle", n'oubliez pas), je lui extorque sa copie. L'annotation très sobre de ma collègue ("Il y a des limites à ne pas franchir et tu les as franchies") ne laisse pas deviner à quel point cette copie a transformé son week-end en cauchemar... Je parcours la dizaine de lignes (Footix ne s'est pas foulé) devant un public aux aguets. Sous les regards fiévreux, inquiets, impatients, je sens mes globes oculaires s'écarquiller exagérément. Je me demande un instant s'ils ne vont pas jaillir de leur orbite, mais ils restent en place jusqu'au point final.
Parmi les huit sujets proposés par ma collègue, Footix a donc choisi d'écrire une déclaration d'amour. À son professeur d'histoire (ça, ça ne figurait pas dans le sujet), un breton plutôt grincheux. Quand je parle de déclaration d'amour, entendons-nous bien : Footix ne s'appesantit pas sur ses sentiments :
Quand je vous vois en cours, face au tableau, je vous imagine nu en train de manger une galette-saucisse.
C'est dans un dernier paragraphe débordant de tendresse qu'apparaît votre serviteur :
On pourrait proposer un plan à 3 à Pitou G.
Ah ouais, quand même... Footix a semblé rassuré que je ne l'étrangle pas sur place. Pourtant, je n'ai pas éprouvé le moindre picotement de colère;  a posteriori, je suis même soulagé d'avoir su conserver mon sérieux. Comment l'expliquer ? je ne me suis pas senti insulté. On ne peut pas en dire autant de mon collègue...
En fait, si quelque chose pouvait me vexer dans cette histoire, ce serait sa réaction à lui. À sa décharge, il n'était pas loin d'être le dernier au courant. Quand il m'a accueilli au self d'un "Non, sache que je ne suis pas intéressé" d'un ton qui se voulait comique mais qui exsudait la fureur contenue, j'ai compris que l'infortunée correctrice avait trouvé le courage de le prévenir. Je me suis retenu de lui rétorquer : "Non, mais franchement, tu t"es vu?" et me suis surpris à me demander comment, moi, j'avais pu n'être qu'une pièce de second choix pour Footix... En relisant la dernière phrase de Footix, j'ai su que mon estime personnelle ne s'en remettrait jamais :
 On pourrait proposer un plan à 3 à Pitou G. et à beaucoup d'autres.

Même pas du second choix : une possibilité parmi une foule d'anonymes... Mais au vu des circonstances, je devrais plutôt m'estimer heureux de ne pas être l'objet de son affection.

Pitou G

PS : Je ne sais pas trop où en est l'affaire, vacances obligent. Une rencontre a dû avoir lieu en urgence entre la famille et le chef. Que je ne me sente pas atteint dans mon honneur ne signifie pas que je ne sois pas inquiet pour Footix et halluciné par son incapacité à distinguer pochade personnelle et devoir scolaire  (après, il projette les images qu'il veut dans son cinéma intérieur, c'est son affaire). Rien de sincère dans son écrit, bien sûr, sans doute un pari imbécile, une bravade dont il n'a pas mesuré les conséquences. Je ne suis même pas sûr qu'il ait eu l'intention de blesser qui que ce soit. Pour peu qu'elle soit faite intelligemment, une mise au point sera bienvenue. J'espère juste que la virilité outragée de mon collègue (la mienne se porte comme un charme, merci) ne nous fera pas déraper vers une sanction lourde.

5 commentaires:

MamyS a dit…

C'est bien le risque: ne pas distinguer la pochade du devoir réellement injurieux...
J'espère comme toi que les "adultes raisonnables" que sont les chefs d'établissement et autres enseignants saurant faire la distinction....

Mais je reconnais avoir ri!

Anonyme a dit…

Ce qui est regrettable, c'est que le breton n'ait pas ri !
S.

inci a dit…

Ah ouais... c'est possible ça ? Et ben... je ne sais s'il faut rire ou s'inquiéter. Et je reconnais que je n'aurais su comment réagir face à une telle situation.
Bonnes vacances :-)

Mimi-Je Rêve a dit…

Woaouoh !

***Mais ils sont fous ces mioches !***

(nan j'ai pas mieux comme comm', je viens juste de me lever attends hé !)

Shénisha a dit…

Faut pas en vouloir à ton collègue : il n'a pas l'habitude, comme toi, d'être un irrésistible support à fantasmes!